Auteurs : Rebiffez-vous ! Exigez un statut !

Exigez que vos premiers droits versés soient considérés comme des « frais » et non plus comme des « revenus »

Amis auteurs,

J’ai eu des haut-le-cœur en examinant les fiches de calcul de vos droits que nous, éditeurs, vous présenterons en 2019. Les prélèvements vont augmenter de façon considérable.

 

80 000 auteurs cotisent en France, mais seulement 3 000 sont assujettis et quelques centaines dégagent des subsides suffisants pour vivre (ou survivre) de leur activité littéraire.

La réforme qui s’impose à vous est manifestement caractérisée par une méconnaissance absolue du législateur, de l’administration culturelle et de la sécurité sociale sur ce qu’est votre condition… Je ne peux pas dire statut puisque vous n’en avez pas !

Cette réforme est construite sur l’idée que les « droits » versés à chacun d’entre vous seraient des « revenus ». Faut-il que ceux qui ont construit cette réforme n’aient jamais porté le moindre regard sur la réalité économique de la production littéraire en France !

Ils ne savent pas que pour 98 % des cotisants, écrire un livre, acheter la documentation, l’imprimer des dizaines de fois, expédier le manuscrit à des éditeurs, parcourir la France pour des salons et des dédicaces, courir après les journalistes… tout cela à un coût ! Ils ne savent pas que les modestes relevés de droits que vous proposent vos éditeurs une fois l’an ne couvrent même pas les frais que vous avez engagés pour proposer une production éditoriale de qualité !

Personne ne leur a dit que les algorithmes de Google et d’Amazon arrosent là où le sol et déjà noyé et que si les best-sellers voient leurs ventes monter de 20 ou 30 % c’est au détriment de vos ventes à vous ! Vous, les auteurs dont les ventes se comptent en petits milliers, voire en centaines ! Vous qui pourtant êtes le cœur de la production littéraire en langue française…

 

En 2019, tous les artistes-auteurs, quel que soit leur niveau de revenus, et même s’ils sont déjà retraités, sont désormais redevables d’une cotisation supplémentaire de 6,9 %, au titre de leur retraite de base, prélevée à la source sur leurs droits d’auteur. Ce n’est plus optionnel, il n’y a plus de plancher de cotisation : vous régler dès le premier euro !

De plus, le prélèvement à la source implique que la Direction générale des finances publiques prélèvera un acompte sur votre compte bancaire, dont le montant est précisé sur votre avis d’imposition. L’administration fiscale calcule le montant de cet acompte selon votre dernière déclaration de revenus.

Enfin, s’agissant d’une activité accessoire, pour beaucoup d’entre vous, il n’est pas intéressant de passer aux frais réels. Quant à vos cotisations sociales, elles sont ponctionnées sur des « revenus » qui dans la réalité servent à compenser des frais.

 

Entre 2004 et 2018, les cotisations sociales des auteurs avaient déjà augmenté de plus de 20 %. Si on ajoute la retraite complémentaire, le niveau de cotisation des auteurs se rapproche de celui des autoentrepreneurs. Vu la complexité et l’opacité du système qui vous est proposé, je crains que de plus en plus d’entre vous ne proposent de céder leurs contenus sous la forme de mission d’autoentreprenariat, ce qui correspondrait à un lourd préjudice pour la propriété intellectuelle.

 

Plus inquiétant, puisque nous courrons vers un modèle qui verra pour plus de la moitié d’entre vous l’activité littéraire couter plus cher qu’elle ne rapporte : vous allez être de moins en moins à écrire et il est certain que l’extraordinaire production éditoriale française va commencer à se tarir.

 

Je sais que les auteurs qui ne vivent pas de leur plume sont peu investis dans les organisations représentatives des auteurs. Tout en veillant à respecter les intérêts de ceux qui font de l’écriture leur métier, je pense qu’il est temps que tous ceux qui écrivent se rebiffent.

N’allez pas bouchonner nos ronds-points, ils accueillent déjà trop de revendications.

Je vous invite à faire ce que vous savez faire de mieux : écrivez ! Écrivez au député de votre circonscription !

 

Je vous suggère une proposition, issue de mon observation de votre travail. Si on fait le point de toutes vos dépenses rendues nécessaires pour la création et la promotion de votre œuvre, vous conviendrez avec moi que vous engagez des frais conséquents. Demandez à votre député que les 3 000 premiers euros que vous touchez pour un ouvrage ne soient plus considérés comme un « revenu », mais comme des « remboursements de frais » et qu’ils fassent l’objet d’une franchise sociale et fiscale (pas d’AGESSA, pas d’impôts) !

C’est de mon point de vue la seule solution pour que les maigres subsides que vous versent vos éditeurs couvrent vos dépenses. La seule solution pour que notre pays conserve une production littéraire de qualité.

 

Écrivez à votre député et partagez cette proposition

 

Christophe MATHO

Éditeur