Jacques Hardy nous a quittés

Il était inséparable de son épouse, Marie du Berry, qu’il accompagnait dans toutes ses balades littéraires, assurant l’organisation des transferts des participants d’un lieu de visite à un autre avec la rigueur d’un service d’ordre qui était de mise dans les  actions syndicales qu’il menait jadis en Belgique, tel un Bonaparte entraînant ses troupes sur le mont d’Arcole. Il a passé sa jeunesse à militer pour le mieux être des travailleurs qui subissaient déjà le chômage de masse et le mépris des dirigeants de multinationales sans foi ni loi. Il était même venu en France lutter avec les étudiants et les ouvriers lors des grandes manifestations de Mai 68 où il avait reçu sa première « blessure de guerre » sous forme d’une grenade de « désencerclement » que l’on accuse aujourd’hui de défigurer moults manifestants. Il avait une conception très moderne et très directe de mener des luttes, préférant les occupations « surprise » à la grève traditionnelle, trop prévisible et moins efficace. Pendant toute sa carrière de syndicaliste, il défendit les intérêts des masses laborieuses, mais il prôna aussi un syndicalisme d’initiative et de propositions qui faisait de lui un interlocuteur incontournable des dirigeants d’entreprise qui le respectaient et dont certains l’estimaient.

Puis, l’heure de la retraite arrivée, il choisit de quitter sa Belgique natale pour suivre, par amour, son épouse animatrice socio-culturelle pendant trente ans dans le Namurois, qui souhaitait revenir « au pays » et qui prit rapidement le surnom de Marie du Berry, comme l’appelaient ses amis belges. Femme de lettres et d’action, celle-ci s’érigea rapidement en ambassadrice acharnée de la culture berrichonne, redonnant leurs lettres de noblesse à nos écrivains du terroir, au travers des manifestations littéraires qu’elle organisait de main de maître, suivie par les nombreux membres de son association qui ne manquaient aucune de ses sorties. Son mari, Jacques n’était pas homme à rester dans l’ombre de son épouse et s’imposa rapidement comme un conférencier émérite et érudit, sur des sujets aussi divers et passionnants que l’histoire de France, la philosophie et la politique au sens noble du terme.

La vivacité de son esprit, son sens de la répartie et son humour en firent un partenaire indissociable de l’action purement littéraire de son épouse, formant avec elle un duo charismatique apprécié de tous les amoureux des belles lettres et de la défense du patrimoine culturel berrichon, où Alain Fournier côtoya, lors des balades sur leurs lieux de vie, George Sand, Balzac, Colette, Raymonde Vincent, Marguerite Audoux, François Barberousse et consorts…

Fauché par une attaque cérébrale, Jacques Hardy est décédé le 25 Janvier dans son pays natal et dans sa 80ème année.

Didier Callot

Figure marquante du syndicalisme Wallon des années 80, l’homme de lettres, Jacques Hardy était l’ancien Secrétaire Régional du Setca de Namur, l’homme était connu pour son énergie et sa fougue.