Jean-Pierre Ferrère, « la découverte depuis une quinzaine d’années, de la civilisation gauloise dément tous les clichés que nous avons appris à l’école »

 

Jean-Pierre Ferrère est passionné d’histoire de l’humanité, du langage et des religions, il est aussi un fervent admirateur de la ville de Bourges qui l’a accueilli à sa retraite après une trilogie médiévale, Félide, il c’est intéressé à l’antiquité, avec Fabella, enfant esclave.

En l’an 52 avant Jésus-Christ, Jules César est sur le point de perdre la guerre des Gaules. Mais la prise d’Avaric (l’actuelle Bourges) va bouleverser le cours de l’histoire, tout comme le cours de la vie d’une jeune Gauloise, Fabella. Tous ses proches, au premier rang desquels son père, le chef de la ville, ont péri pendant les combats. Recueillie par César, elle est offerte comme esclave à Falco, le nouveau préfet plénipotentiaire d’Avaric. Rencontre avec l’auteur :

« Fabella, enfant esclave » est votre dixième roman historique. L’action se déroule encore à Bourges. Pourquoi Bourges ?

Parce que c’est une ville magnifique. Mais aussi parce que c’est sans doute la seule grande ville qui soit restée française sans interruption depuis l’invasion des Goths. Son histoire se confond donc avec l’histoire de France.

Racontez-nous « Fabella ».

L’action se déroule juste après la prise de la ville d’Avaricum (la future Bourges), par les légions romaines de Jules César. Fabella est une petite gauloise qui est sortie indemne du massacre parce que sa mère a préféré la jeter dans un puits plutôt que de la laisser exposée aux horreurs de la guerre. Faite prisonnière, elle se retrouve esclave d’une riche famille romaine. Ce roman raconte sa vie dans une ville qui voit changer la civilisation de la Gaule dans son quotidien, ses mœurs, son architecture, son agriculture…

N’était-ce pas une gageure d’écrire un roman antique ?

Assurément ! Ce roman a exigé un gros travail de documentation. Mais il permet de survoler la civilisation gréco-latine, et surtout la civilisation gauloise, dont la découverte depuis une quinzaine d’années dément tous les clichés que nous avons appris à l’école. Les Gaulois étaient loin d’être les individus frustes et primaires qu’on nous a décrits et leur mode de vie a laissé, de nos jours, des traces insoupçonnées. On pourrait même dire que les Gaulois ont apporté autant à Rome que Rome leur a apporté. Le siège d’Avaricum se trouve être, par chance, un épisode bien documenté de la Guerre des Gaules.

Il s’agit donc d’un documentaire ?

Pas seulement ! Ce roman est documentaire dans son unité de temps et de lieu, mais c’est avant tout un roman : l’histoire d’une petite fille qui doit faire le deuil de sa famille, trouver de nouveaux attachements et s’adapter à de nouvelles conditions de vie dans un monde en mutation. Mais elle n’est pas résolument différente d’une fille d’aujourd’hui. Elle a ses rêves, son enthousiasme, sa sentimentalité incertaine, ses fréquentations plus ou moins recommandables.

Parlons-en ! Fabella ne vit pas dans la misère, comme on l’attendrait de son statut d’esclave.

En effet. Mais le statut des esclaves dans l’Empire Romain étai aussi varié que celui des hommes libres. Fabella a la chance de se retrouver dans une famille honnête et bienveillante, mais elle se lie d’amitié avec une petite Romaine délurée, Orca, dont l’histoire personnelle illustre bien l’horreur que pouvait représenter l’esclavage des enfants, à cette époque.

Il y a aussi « le vieux Ctésiphon » …

Oui. Un vieux savant grec tombé dans l’esclavage du fait de son intempérance et de son inconséquence. Lui aussi illustre la place éminente que pouvait prendre un esclave dans une famille romaine.