Josette Wouters « J’aime construire lentement un héros pour retrouver ce qui le caractérise »

Josette Wouters est arrivée tardivement à l’écriture par le roman : Le passage à canote, son premier roman raconte l’humble vie des gens des bords de l’Aa, au XXe siècle. Elle s’inspire très largement de ce qu’elle a compris de la destinée de ses parents et grands-parents.

Rencontre avec cette auteure du Nord à l’accasion de la sortie de La Maison de Lou, éditions de Borée.

 

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?

 

Le plaisir d’écrire.

 

Mais encore ?

 

Le plaisir de créer un personnage inscrit dans un contexte réel que le lecteur peut situer. Et montrer combien son évolution dépend justement de la situation générale. La grande histoire entraîne avec elle celle des hommes. C’est évident pour Lou et pour tous ceux qui gravitent autour d’elle. Comment aurait-elle pu rencontrer l’homme de sa vie, cet architecte belge dont elle tombe folle amoureuse si la guerre ne l’avait pas poussé dans le village où elle vit ? C’est bien le conflit mondial qui transforme sa destinée de fille d’un modeste maréchal ferrand.

 

C’est tout ?

 

Non, bien sûr. J’aime construire lentement un héros pour retrouver ce qui le caractérise. Et je dis bien « retrouver », et non « trouver ». Parce que j’ai l’impression que le personnage qui m’intéresse a sa vie propre. Que son histoire est en moi et qu’il faut que je la fasse remonter phrase par phrase. Autrefois je riais de Ionesco affirmant que le personnage échappe à son auteur. Maintenant je partage ce point de vue. Il n’est pas possible de créer de toute pièce un héros sans tenir compte de sa psychologie, de son évolution, des lieux et des gens qu’il fréquente, de la période pendant laquelle il vit.

 

Vous parlez du héros comme d’une personne réelle, pourquoi ?

 

Absolument. A force de vivre avec lui pendant les longs mois d’écriture, il devient un proche dont j’essaie de décrypter la vie le plus honnêtement possible. J’aime l’enquête préliminaire nécessaire pour atteindre le vraisemblable. Ainsi avant d’écrire La maison de Lou je suis allée à Caen pour découvrir les lieux que mes héros auraient pu fréquenter. Mais, si cette ville a été épargnée pendant la première guerre mondiale, ce ne fut pas le cas pendant la seconde où elle a été presque complètement démolie. Malgré les difficultés pour trouver traces de la période entre ces deux conflits, j’ai eu la chance de rencontrer une libraire formidable et des archivistes qui ont mis à ma disposition des plans, des relations d’évènements et le répertoire des grandes familles de Caen entre 1920 et 1930. Ce fut pour moi quelque chose d’extraordinaire. J’avais trouvé la partie manquante du fil conducteur de l’histoire de Lou.

 

Quel est le compliment qui vous a fait le plus plaisir depuis que vous écrivez ?

 

L’affirmation d’une inconnue à propos de Le passage à canote : Mais c’est l’histoire de ma grand-mère que vous avez écrite.

C’était la confirmation que mon personnage était bien vivant.