La Guerre des sexes

 

Le 13 octobre 2117 marque le centième anniversaire du fameux « twitt » que beaucoup d’historiens considèrent comme un élément catalyseur d’une rupture irrémédiable dans les relations hommes femme en France. Une rupture qui débouchera 20 ans plus tard sur l’émergence d’une nouvelle société appelée « La guerres des sexes » par les sociologues.
Retour sur une évolution fondamentale du « vivre ensemble » dans la société française et plus largement la société dite « occidentale »

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Il y a 100 ans, le 13 octobre 2017, alors que les révélations sur les abus de pouvoirs et pratiques sexuelles du producteur de cinéma Harvey Weinstein se transformaient en scandale planétaire et dévoilaient à la face de tous des violences dont les femmes pouvaient être victimes de la part de prédateurs sexuels, la journaliste Sandra Muller, lança un « hashtag », comme on disait à l’époque, #BalanceTonPorc qui se voulait être la déclinaison française de #MyHarveyWeinstein, lancé par l’écrivaine canadienne Anne T. Donahue. Des milliers de femmes témoignèrent, dénoncèrent…

A cette époque les services de multiconnexion en ligne étaient appelés étonnamment « réseaux sociaux ». Ils avaient pris une part prépondérante dans la diffusion de l’information. A tel point que, dans une société mal préparée à la réception d’allégations non vérifiées, certains les considéraient comme des médias à part entière.

C’est dans ce contexte que la « toile » s’enflamma. Les Français prirent conscience tardivement et maladroitement que la société de consommation et l’émergence d’une pornographie dégradante venaient asservir les femmes tout aussi considérablement que la société patriarcale 2000 ans plus tôt. Mais dans un espace de communication non maitrisée, alors qu’un débat doctrinaire entre féministes et néo féministes n’était pas tranché, l’amour courtois et la galanterie civilisationnelle furent mis au banc des accusés au même titre que les actes d’incivilité et les véritables agressions… au détriment des victimes des dernières tel qu’on peut s’en douter !

Les politiques de l’époque pratiquaient la « législation émotion » en vue de donner une réponse à court terme à l’opinion publique. Face à la pression non maitrisée des « réseaux sociaux », le législateur prit toute une série de lois visant à protéger les victimes. On alla jusqu’à proposer une loi qui offrait à la victime qui dénonçait un agresseur un statut de « lanceur d’alerte » qui interdisait à l’accusé-agresseur de déposer plainte pour diffamation. Celle-ci fut censurée par le Conseil constitutionnel au nom du principe de présomption d’innocence. Une loi adoptée en 2019, allait bouleverser les relations hommes femmes dans l’entreprise, la loi « Harcèlement sexuel au travail ». L’idée était louable : éviter qu’une femme victime qui dénonçait son supérieur hiérarchique ne puisse faire l’objet d’un licenciement jusqu’à ce que l’affaire pénale soit jugée. La conséquence directe fut que rapidement, 78 % des licenciements féminins firent l’objet de dépôt de plainte pour harcèlement sexuel. L’emploi des femmes en pâtit avec une chute de 17 % des recrutements. La vie dans l’entreprise fut bouleversée. Les grands groupes interdirent la mixité des ascenseurs. Les règlements intérieurs d’entreprise interdirent qu’un homme recevant une femme dans son bureau ne referme la porte. La systématisation des cloisons transparentes pour les locaux d’entreprises fut quasiment actée dès 2024 et même inscrite dans la loi en 2026.

En 2031, face à la dégradaiton des relations homme femmes dans l’entreprise, les grands groupes décidèrent de dédier des filiales à la production féminine et d’autres à la production masculine. On vit ainsi émerger les entreprises pour les hommes et les entreprises pour les femmes. En 2033 la totalité des banques proposaient des agences non mixtes, celles-ci pouvaient toutefois recevoir des clients hommes comme des clients femmes. Les administrations d’Etat, territoriales et hospitalières firent de la résistance jusqu’en 2038 mais finirent par se rendre à l’évidence d’une administration plus simple en abandonnant la mixité du personnel.

L’école mixte fut abandonnée en 2039, quasiment 80 ans après son instauration.
L’élection présidentielle de 2042 fit basculer la France dans la VIe République. Alors que Juliette Méadel et Florence Portelli sortaient en tête du premier tour, le MLH (Mouvement de Libération de l’Homme) invita les électeurs mâles à boycotter le second tour de scrutin. Juliette Méadel fut élue avec une participation de seulement 27 % des électeurs hommes. Le Congrès proposa une réforme en profondeur de la Constitution avec une Présidence de la République divisée en deux. Depuis la réforme de 2045, la nation est représentée par une Présidente qui représente toutes les Française et un Président qui représente tous les Français. La répartition du pouvoir entre les deux acteurs de cette cohabitation fut à l’origine de plusieurs crises institutionnelles en 2056, 2078 et 2102.

En 2045 afin de tenter de mettre fin définitivement au risque d’agression sexuelle, le législateur propose une législation qui sera ensuite qualifiée de « loi anti flirt ». Le principe de cette législation était que toute personne envisageant une relation sexuelle avec une autre personne devait lui adresser préalablement une demande d’autorisation préalable sur un compte sécurisé via une plateforme gouvernementale. La loi imposait également que pour toute première relation sexuelle consentie, les individus matérialisent explicitement leur consentement réciproque par l’échange du Cerfa 12456596B. D’après le sociologue Bernard Puyderose « cette législation a marqué la victoire d’un certain féminisme sur le romantisme, les relation hommes femmes furent définitivement et irrémédiablement affectées. La preuve en est dans les deux décennies qui suivirent, la natalité diminua de 17 % en France, alors même que l’insémination artificielle par don de sperme augmentait pourtant de 21 % ».
En 2051 la loi de planification urbaine fit scandale. Elle autorisait dans les zones urbaines des quartiers non mixtes, exclusivement dédiés aux hommes ou aux femmes. Certains ont parlé de ségrégation.

Des relations hommes femmes qui auraient étonné le poète du XXe siècle Pierre Desproges (1939 – 1988) « De même qu’il ne peut pas vivre sans oxygène, l’homme ne peut pas vivre sans femme. »

 

Christophe MATHO