René Pagis, « on est toujours au moins pour partie responsable de ce qui nous arrive »

Gendarme, procureur, juge d’instruction, juge pour enfants… René Pagis a traversé le système judiciaire francais pendant quarante ans. Il raconte ce parcours un essai Dans la salle des pas perdus, sorti en 2017 chez de Borée. Il a repris la plume en 2018 pour rédiger son second roman, sorti aux editions de Borée.

René PAGIS, après un premier roman « Un dernier rêve pour la nuit » aux éditions du Bord du Lot, un livre de souvenirs et d’anecdotes sur votre carrière, « Dans la salle des pas perdus » aux éditions De Borée et un essai sur l’état de la justice « Tout le monde en prison » aux éditions de La Flandonnière, vous publiez un nouveau roman « Le Chant Clair des Sirènes » aux éditions MARIVOLE, vous ainsi prenez place progressivement dans le monde des auteurs !

Il ne suffit pas de publier plusieurs livres pour devenir un grand écrivain, mais je reconnais que c’est agréable de constater l’intérêt des lecteurs au fil des parutions, certains retours font plaisir ; en fait j’ai surtout l’impression de passer en quelques sortes de la catégorie des auteurs qui relatent leur passé professionnel à celle des auteurs qui écrivent simplement un nouveau roman, c’est déjà un premier pas. Ce sera parfait lorsqu’on ne me parlera que du contenu et du style de mes livres et non plus de ma vie de magistrat ou de gendarme.

Vous ne reniez tout de même pas votre beau parcours professionnel qui est souvent souligné dans la presse ?

Absolument pas, j’en suis même fier et j’ai à cœur de faire pénétrer mes concitoyens dans le monde clos des juges et des procureurs. La Justice m’a passionné, j’en ai beaucoup parlé, surtout dans « la salle des pas perdus » et dans « tout le monde en prison », j’ai même exprimé quelques points de vue qui dérangent et plaidé certaines valeurs humanistes avec conviction, mais c’est fait et j’ai très envie maintenant de passer à autre chose.

Alors parlez-nous de votre nouveau roman, « Le chant clair des sirènes »

J’ai envie de dire à la manière de Coluche, « c’est l’histoire d’un mec » ! Un homme faible, usé, résigné qui craque et quitte sa maison sans y penser vraiment et qui se laisse porter par le destin, il s’en remet quasiment à sa voiture qui l’amène au hasard des kilomètres, semi-conscient, loin de chez lui dans une maison mystérieuse où il lui arrive des choses affreuses.

Il ne réagit pas du tout ?

Si peu ! lorsqu’il réalise qu’il a été manipulé par une femme énigmatique et qu’il constate qu’il peut être mis en cause pour des faits de nature criminelle, il s’enfuit à nouveau !

Question rituelle ! Avez-vous été inspiré par une situation personnelle ? Je n’ai pas le sentiment que ce personnage vous ressemble !

Effectivement, je mets à mal ma devise qui est : « on est toujours au moins pour partie responsable de ce qui nous arrive », en vérité j’ai voulu créer un personnage totalement imaginaire sans lien apparent avec ma vie ou avec moi même !

Vous faites un tableau redoutable de ce qui peut nous arriver lorsque nous sommes pris dans une spirale négative !

Je maltraite mes convictions intimes dans cette fiction, j’ai toujours pensé que le destin ne peut pas totalement nous échapper, qu’avec détermination et parfois opiniâtreté on peut influer sur lui, l’inverser, pour cela il ne faut pas se contenter de subir mais au contraire il faut oser des initiatives porteuses. En vérité mon personnage en subissant me donne un peu raison !

L’approche de la mort et de la maladie sont également présentes dans cette histoire !

Oui, je décris une maladie qui est venue me rendre visite sous une autre forme dès la fin de mon travail de rédaction, c’est bizarre ! En fin de compte cela signifie qu’on ne maîtrise pas tout !

Vous abordez aussi les relations entre les hommes, celles qui montrent leurs limites à l’issue d’une carrière professionnelle, celles plus nouvelles qui paraissent sincères et peuvent si on est perspicace et attentif s’avérer une nouvelle fois intéressées, sur ce point aussi vous n’êtes pas très positif !

Je pense que je suis simplement lucide, il faut rester maître de son sort et ne pas s’en remettre au hasard ou aux autres sinon on peut être au minimum déçu et pire , parfois mis en danger.

Voulez-vous ajouter quelque chose à ce regard porté sur votre nouveau livre ?

Oui, je veux juste vous raconter un aspect particulier de l’écriture de ce roman; passées les premières pages et la mise en situation, je vous assure que n’avais pas la moindre idée de ce qu’allait devenir mon personnage. Dès que j’avais un moment de liberté, je me précipitais vers mon ordinateur pour découvrir en écrivant les péripéties de son périple. J’avais l’impression de le suivre et de ne rien maîtriser ! C’est la raison pour laquelle j’ai du mal à analyser avec toute la lucidité requise la philosophie du livre ! Je me surprends même parfois à être en contradiction avec moi-même mais cela m’est égal, j’ai ainsi le sentiment d’avoir fait œuvre de création et c’est l’essentiel !